Prêts à jouer afro-américains
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Savage Worlds vise à recréer l’ambiance des films. En termes de westerns, nous avons tous en tête Clint Eastwood, John Wayne, Charles Bronson, Burt Lancaster… tous des blancs ! John Wayne savait-il qu’il incarnait Britt Johnson, un cow-boy afro-américain, dans La Prisonnière du désert (1956) ?
Avant, pendant et après l’abolition de l’esclavage aux États-Unis, les Afro-américains ont joué un grand rôle. D’ailleurs, plus d’un quart des cow-boys, ces escorteurs de bétails qui voyageaient dans la poussière pendant plusieurs mois d’affilée, étaient noirs (le métier étant difficile et mal payé, la majorité des cow-boys étaient d’origine étrangère, Hispaniques ou même Indiens).
Après notre aide de jeu proposant des prêts à jouer indiens, que vous semblez avoir beaucoup appréciée, nous souhaitions vous proposer des héroïnes et héros afro-américains librement inspirés de figures méconnues de l’histoire du Far West.
Bass Reeves : homme de loi et détective, premier Marshal adjoint noir. Il aurait arrêté plus de 3 000 criminels, dont son propre fils. Une version fantasmée de son personnage est d’ailleurs présentée comme personnage non-joueur dans Deadlands, Compagnon de l'Ouest étrange.
Bill Pickett : artiste de rodéo, acteur aux côtés de Buffalo Bill, il est l’inventeur du bulldogging (une technique de rodéo qui consiste à attraper le taureau par les cornes). Il est aussi le premier Afro-américain à être nommé au National Rodeo Hall of Fame (une sorte de prix Nobel créé en 1955 pour rendre hommage aux cow-boys, cow-girls et champions de rodéo).
Cathay Williams : première soldate afro-américaine des États-Unis. Elle s’est faite passer pour un homme afin d’intégrer l’armée (et de bénéficier de la sécurité des soins, de l’éducation et des pensions qui vont avec). Mais elle fut trahie par le médecin qui l’a auscultée lorsqu’elle attrapa la variole. Renvoyée de l’armée, toute pension d’ancien combattant lui a été refusée.
Henry Bibb : écrivain, journaliste, abolitionniste. La vente de sa femme à un riche blanc l’amena à s’engager fortement pour l’abolition de l’esclavage. Il fonda notamment le premier journal noir du Canada. On découvre son histoire via son autobiographie, Narrative of the Life and Adventures of Henry Bibb, An American Slave.
Henry Ossian Flipper : un des très rares officiers noirs des Buffalo Soldiers (surnom donné au 10e régiment de cavalerie de l’armée des États-Unis, constitué de soldats afro-américains, dirigés par des officiers blancs). Il a été le premier diplômé afro-américain de la prestigieuse académie militaire West Point (suivi 10 ans plus tard par John Alexander et Charles Young). Piégé, accusé de détournement de fond, il sera acquitté, puis finalement radié de l’armée pour avoir échangé des lettres avec une femme blanche.
James Beckwourth : trappeur, explorateur et pionnier. On lui reconnaît notamment la découverte du col Beckwourth dans la Sierra Nevada. Il a aussi vécu pendant plusieurs années auprès des indiens Crows. Sa biographie a été publiée sous le titre The Life and Adventures of James P. Beckwourth: Mountaineer, Scout and Pioneer, and Chief of the Crow Nation of Indians (ils aimaient les titres pompeux à cette époque).
Jordan Anderson : après la guerre civile qui l’a libéré de sa position d’esclave, son ancien maître lui adressa une lettre lui demandant de revenir s’occuper de la plantation. La réponse satirique de Jordan a fait le tour des journaux de l’époque. Il demandait poliment à son ancien maître de lui verser les arriérés de salaires, sur plusieurs dizaines d’années pour sa femme et pour lui. Avec les intérêts, évidemment ! Toutefois, il n’oublia pas de déduire le coût des vêtements que son maître lui fournissait…
Mary Fields : première factrice afro-américaine longue distance des États-Unis. Ancienne gouvernante, elle se lance dans l’acheminement de courrier (alors âgée de 60 ans) et gagne le surnom de Stagecoach Mary (Marie Diligence) pour la fiabilité de ses livraisons. La ville de Cascade (sa résidence principale) aurait même fermé ses écoles chaque année pour célébrer son anniversaire. C’est dire si elle était connue, reconnue et appréciée !
Nat Love : cow-boy et tireur d’élite. Sa vie nous est parvenue par la publication de son autobiographie La Vie et les Aventures de Nat Love, mieux connu au Pays du Bétail sous le nom de « Deadwood Dick ». Deadlands, Compagnon de l'Ouest étrange nous propose aussi une version fantasmée de ce personnage.
Il ne s’agit pas de reproduire la réalité (encore moins ses horreurs), ni de faire une leçon d’histoire, mais bien de fournir des outils pour que chacun puisse s’immerger dans des aventures riches et captivantes, et donner vie à des personnages passionnants, tout en rendant hommage à ces personnalités méconnues, quelque peu oubliées par l’histoire, qui ont pourtant apporté une solide pierre à l’édifice de l’Amérique actuelle.
Encore plus ?
Et si vous cherchez encore plus d’inspiration, intéressez-vous à Bose Ikard (cow-boy et banquier), Edmonia Lewis (sculptrice), George McJunkin (cow-boy et archéologue), Henrietta Foster (cow-girl, dite « Aunt Rittie »), Isom Dart (cow-boy), Jane Manning James (pionnière et religieuse), Johanna July (dresseuse de chevaux), John Ware (cow-boy canadien), Paul Dunbar (poète) et à de multitudes d’autres dont je n’ai pas connaissance.
Ou bien à ces westerns qui ont mis en avant des protagonistes noirs, soit de fiction, soit inspirés des personnalités réelles, évoquées ci-avant (ces films ne sont peut-être pas tous des chefs d’œuvres, mais ils ont le mérite d’exister) :
- Le Sergent noir (par le même réalisateur que La Prisonnière du désert, d’ailleurs) (1960)
- Buck et son complice (1972)
- La Revanche de Jessie Lee (1993)
- Buffalo Soldiers (1997)
- Django Unchained (2012)
- They Die at Dawn (2013)
- Les Sept Mercenaires (2016)
- The Harder They Fall (2021)
- Lawmen : L'Histoire de Bass Reeves (2023).
- Écriture : Cyril Ronseaux
- Relecture : Pascal Blatter, Pierre Debut, Maedh, Narsillion, Romain « Fenris » Schmitter
- Illustrations : Yann Poley avec Midjourney (IA)
- Maquette : Yannick « Torgan » Le Guédart, sur un modèle de « Chris Torone » Cussat-Blanc
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